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Parce que je suis forte maman.

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Souvent, sans prévenir, j’ai des flashs. Je prends conscience de l’instant présent, en voyant que je ris, que je suis bien dans ma peau, avec les miens. Et je me dis que je suis heureuse, là maintenant.

C’est quelque chose qui me surprend beaucoup parce que je ne savais pas que c’était comme ça le bonheur. Je ne soupçonnais pas qu’on pouvait le trouver dans ses petits riens qui font la vie, dans les échanges, dans les enfants, dans un homme et dans le soleil. Avant, je pensais tout bonnement que ce n’était pas pour moi. Qu’il y avait un secret bien gardé de tous pour avoir le privilège d’accéder au bonheur. Que les gens qui comme moi ne sont pas nés sous le signe de la bonne humeur constante ne sont tout simplement pas éligibles au bonheur. Qu’il fallait pour cela avoir un compte en banque bien rempli et avec ça un charisme de fou pour s’attirer tout le bonheur du monde.

Aujourd’hui, j’ai compris que mon bonheur est fait de patience. La patience, c’est ça l’amour. J’ai enduré longtemps les pires situations avec de rencontrer cette joie. Mais je sais aussi que le bonheur peut être fugace. On rit de quelque chose, on ouvre les vannes de son cœur et d’un coup notre esprit est illuminé. Et puis la seconde d’après tout se rappelle à nous: la réalité, la pesanteur, la puanteur, les soucis, l’indifférence, la faim. Toutes ses sensations terrestres qui nous obligent à nous mouvoir constamment pour satisfaire nos besoins vitaux.

Hustel hard.

Je me pose souvent la question de savoir quelle image ma fille aura de moi quand elle sera adulte. Frisouille a déjà six ans et je trouve que c’est un âge où sa sensibilité au monde des grands est en train d’éclore. Je vois petit à petit que son esprit commence subtilement à analyser les situations sociales dont elle est témoin dans la rue, dans son quotidien, dans notre intimité. Elle nous connait mieux que nous nous connaissons nous-même, je pense. Nos faiblesses, nos erreurs, nos qualités, nos défauts. Peut-être seront-nous encore ses parents mis sur un piédestal pour longtemps, mais je sais bien que non. Le temps fait son oeuvre, doucement mais sûrement. Ses perceptions et ses remarques deviennent de plus en plus pertinentes. Ma mère, elle, les aurait probablement qualifiées d’impertinentes. Mais moi je kiffe regarder cette enfant prendre de l’assurance en grandissant. Je me dis que, mine de rien et vu sa joie de vivre, on ne doit pas être mauvais comme parents.

Et quelques fois, je stresse.

Je me mets la pression, je m’évalue, je me remets en question, constamment. Est-ce que je lui donne le bon exemple, en me maquillant, en ne me maquillant pas, en faisant la cuisine, en mettant une robe courte, en mettant un pantalon destroy, en la défendant, en la laissant gérer seule ses conflits? En ne restant pas calme quand on me manque de respect? Est-ce que j’abuse pas un peu en étant tout le temps en retard sur tout? Est ce que je ne suis pas un peu trop cool et relâchée dans mon style de vie? Est ce que je ne suis pas en train de la rendre accro au chocolat, aux livres et aux chaussures? Est-ce que je lui dis trop souvent je t’aime? Que pense-t-elle de moi? Est-elle en train de me juger? Est ce que je fais les choses assez bien pour elle? Je me doute bien que je ne suis pas la seule à me demander si parfois je suis une bonne mère pour mes enfants, je pense que nous les femmes sommes constamment soumises aux diktats imposés par la société qui font que parfois, on bug.

Mais moi avec mes filles, bordel, j’ai pas envie de me tromper. Je veux faire tout bien, tout parfait, tout naturellement dans l’entente cordiale, harmonieuse, féministe. Life goal.

Autant je n’en ai rien à carrer de savoir ce que mes voisins, la famille ou des inconnus pensent de moi et de ma façon d’être, autant concernant ma fille cela revêt une importance capitale à mes yeux.

Je réalise à quel point elle est si importante pour moi, et aussi à quel point les modèles positifs qu’une petite fille peut avoir sont puissants. Par moments je me demande quelles sortes d’humiliations j’ai subie dans ma petite enfance pour avoir eu aussi peu de confiance en moi des années plus tard. Et puis je me souviens. Aujourd’hui j’ai fini par me dire qu’il faut plutôt se dire: quelle chance d’avoir pu survivre à de telles humiliations, à toutes ses petites remarques méchantes et quotidiennes lâchées pour des broutilles mais qui font des dégâts colossaux. Finalement, je ne suis pas si faible que ça. Et par moments mes vieux démons, le manque d’estime de moi-même et de confiance ressurgissent, moi qui pourtant n’avais jamais été aussi sûre de moi-même que depuis sa naissance il y a bientôt six ans.

Et donc avant-hier, Frisouille apprenait à faire du vélo. Une nouvelle étape, presque aussi importante que sa récente rentrée au CP, celle de trouver son propre équilibre. Et bien sûr il y a eu ce moment pénible dans cet apprentissage où, suite à une chute, elle s’est découragée et ne voulait plus recommencer. Des larmes de fatigue commençaient à monter, et en voyant ça j’ai été prise d’une violente émotion. Je me suis dis, il ne faut pas qu’elle reste sur cette impression d’échec.

Après que son papa l’eu réconfortée je me suis accroupie devant elle pour lui expliquer quelque chose que je trouvais soudain impératif. Elle venait de tomber et de se relever. Elle venait d’accomplir quelque chose de fort qui pour moi symbolise beaucoup de choses.

« Ce qui t’est arrivé tout à l’heure, cela va t’arriver toute ta vie. Alors je veux que tu saches que si tu tombes, tu te relèvera toujours parce que tu es forte. » C’est ce que je lui ai dit. C’est ce que j’aurais voulu entendre, moi, petite. J’étais très ferme. Je l’ai serrée dans mes bras en la regardant dans les yeux et je lui ai demandé de le répéter tout haut.

« Si je tombe, je me relèverai toujours parce que je suis très forte maman », a-t-elle répété.

Plus fort!

« Si je tombe, je me relèverai toujours parce que je suis très forte maman! »

Dis-le plus fort encore!

« SI JE TOMBE, JE ME RELEVERAI TOUJOURS PARCE QUE JE SUIS TRES FORTE! »

Ses larmes avaient séché en disant cela, et un sourire fier illuminait à présent son beau visage.

J’étais si fière d’elle, et pour un peu, c’était moi qui allait me mettre à pleurer. Ma-petite-fille-qui-est-très-forte-et-qui-fait-presque-du-vélo!

Et je me suis encore dit, pour la énième fois que c’est comme ça que j’étais heureuse. A lui tenir la main quand elle en a besoin, lui faire des câlins quand elle a un chagrin, lui redonner une confiance en soi quand ses bras se baissent.

Et surtout, l’aimer pour qu’elle s’aime elle-même. Oh oui, ça je sais faire.

 

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