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Focus sur la pleine conscience pour les enfants et les adolescents avec Maryline Jury

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Dans un précédent article, je vous parlais de non-violence éducative. Mais la non-violence ne s’arrête pas à la manière d’éduquer nos enfants, c’est une vraie de philosophie de vie positive et puissante qui peut accompagner nos actes dans tous les domaines. Le cheminement personnel pour tendre vers la non-violence est infini et permanent, d’une part parce que nous vivons dans un monde où la violence est la tendance générale, et d’autre part parce que nous sommes des êtres imparfaits dotés d’émotions et d’un corps sensible. Mais vivre en paix avec soi-même, son environnement et les autres est un idéal qui est la plus douce des satisfactions.

Il est impossible de garder en permanence la maîtrise de soi, il est même vain de vouloir garder tout contrôle, surtout en tant que parents, où les difficultés du quotidien nous mettent à rude épreuve. En revanche nous avons en nous des réserves de bienveillance qui sommeillent et qui, stimulées, peuvent constituer une ressource précieuse pour parvenir à la non-violence éducative et à l’apaisement.

Je vous présente Maryline Jury, qui est une amie avec qui j’ai découvert la méditation de pleine conscience, et qui nous parle en détail de cette pratique bénéfique, et accessible à tous, de 5 à 99 ans! Si ça c’est pas une bonne nouvelle!^^ Je vous laisse lire l’interview et n’hésitez pas à commenter pour nous dire ce que vous en avez pensé. [Vous trouverez toutes les infos sur ses ateliers de pleine conscience destinés aux enfants et adolescents au bas de l’interview!]

-Bonjour Maryline. Tout d’abord est-ce que tu peux nous présenter tes activités ?

Bonjour!

J’anime des ateliers de pleine conscience pour les enfants et les adolescents depuis 2014. Ces ateliers ont pour but d’aider les enfants à développer le potentiel de concentration et de calme qui est déjà en eux, et qui va les aider tout au long de leur vie. On dit très souvent à nos enfants « calme-toi, concentre-toi, fais attention », sans leur montrer comment faire… c’est l’une des choses que l’on apprend en ateliers.

Petit à petit, les enfants, en développant leurs capacités d’attention, apprennent à mieux gérer leurs émotions et deviennent plus bienveillant, envers eux-mêmes et envers les autres. Ce sont vraiment les trois axes de la pratique de la pleine conscience : développer l’attention et la concentration, apprendre à vivre avec ses émotions, développer la bienveillance avec soi et avec les autres.

-Alors la pleine conscience, c’est en fait la méditation ?

-Oui, la pleine conscience, c’est une forme de méditation spécifique, je crois qu’il en existe plus de 2000. La « Pleine conscience », c’est la traduction de « Mindfulness », un terme qui nous vient des Etats-Unis.

Il y a une trentaine d’années, un médecin, Jon Kabat-Zinn, en observant les bénéfices liés à sa propre pratique de la méditation, a présagé les effets thérapeutiques possibles, et créé un programme complètement laïc de huit séances intitulé M.B.S.R. (Mindfulness-based Stress Reduction).

Selon la définition de Jon Kabat-Zinn, la pleine conscience, c’est « être attentif d’une manière particulière, dans le moment présent et sans jugement ». On est vraiment dans une pratique simple _ mais pas facile !

Au départ, il a expérimenté ce programme dans l’hôpital où il travaillait pour aider des personnes souffrant de troubles anxieux généralisés et de douleurs chroniques. Petit à petit, le personnel soignant s’est intéressé à cette pratique, parce qu’être au contact de personnes qui souffrent, c’est générateur de stress…et de fil en aiguille, le programme s’est développé.

Tout va de plus en plus vite, et il y a de plus en plus de personnes qui ressentent le besoin de se poser, la « mindfulness » ou « pleine conscience » répond à ce besoin.

D’ailleurs, aujourd’hui, on apprend même à méditer chez Google !

 -Pourquoi as-tu choisi de travailler avec des enfants plutôt que de faire pratiquer la pleine conscience à des adultes ?

Quand je suis devenue maman, j’ai été prise d’une sorte de vertige, parce que j’ai réalisé que l’enfance c’est vraiment la base, et que nous, adultes avons une sacré responsabilité !

Quand on est petit, on est très vulnérable, on décide de très peu de choses et pourtant c’est à ce moment là que la personnalité se construit…le rapport à l’autre, le rapport à soi, les circuits de pensée…

C’est pour ça que je trouve que c’est vraiment important de connaître le plus tôt possible des outils pour prendre en charge son propre bien-être.

L’avantage avec les enfants, c’est qu’on est plus dans la prévention que dans la réparation. Ils sont extrêmement ouverts, par principe ils essaient, ils ne cherchent pas à modifier leur ressenti, ils ne trichent pas.

Beaucoup d’enfants d’aujourd’hui sont sur-occupés. On leur demande beaucoup, d’être bons à l’école, bons en sport, bons en art plastique, bons en musique, d’être populaire…

Très jeunes, certains enfants ont l’impression qu’ils ne sont pas assez bons, ils sont déjà dans une forme de lutte contre eux-mêmes, entre ce qu’ils sont capables de faire et ce qu’on attend d’eux.

Dans la pratique de la pleine conscience, on se pose, on regarde ce qui se passe en nous sans juger, on écoute le silence… c’est apaisant de vivre ces moments…et les enfants en ont besoin pour se construire.

Pratiquer avec les enfants, c’est un pari sur l’avenir, dans trente ans, ce sont eux qui seront aux commandes de la société.

S’ils sont bienveillants, notre société sera plus bienveillante.

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-A ton niveau, comment est ce que tu as découvert la méditation, et qu’est ce que cette pratique t’a apporté dans la vie ?

Alors moi j’ai eu la chance de découvrir la méditation dans les livres à l’adolescence. Et puis pendant ma vie de jeune adulte, je n’ai pas eu de stress majeur à gérer, sauf parfois pendant mes études ou dans ma vie professionnelle. J’ai travaillé en tant qu’architecte pendant dix ans. Donc, durant ces moments là je savais que c’était une ressource, mais je ne l’utilisais pas forcément de manière continue ni régulière.

A la naissance de mes enfants, j’ai souffert du manque de sommeil, des sollicitations permanentes, au travail, à la maison…J’étais tout le temps en train de vouloir faire le mieux et j’avais l’impression de ne pas y arriver. Le problème, c’est que je ne m’autorisais pas à me poser ni à me demander ce qui était bon pour moi. Et ça a été l’occasion de redécouvrir cette pratique, et de me former via un programme pour adulte le M.B.S.R. dont je parlais tout à l’heure… un programme de huit semaines avec des exercices à faire à la maison. Et ça a marqué un nouveau départ dans ma pratique.

-Et tous les jours, comment est-ce que tu arrives à pratiquer la méditation et à prendre ce temps là, parce que ce n’est pas toujours facile d’avoir du temps pour le faire. Est-ce que tu as des astuces pour pouvoir pratiquer librement ?

 Alors, dans un premier temps c’est vrai que la pratique formelle (le fait de prendre le temps de s’asseoir sur un coussin pour ne rien « faire ») ne fait pas partie de nos modes de vie, on a toujours mieux à faire,  un coup de fil à donner, une lessive à lancer…

Si on doit déjà se lever tôt pour partir au travail, se lever une demi-heure plus tôt, c’est un vrai effort. La création d’un rituel peut aider, on peut décider de pratiquer le matin en se levant, pendant la pause déjeuner, ou avant de se coucher si possible au calme, en n’étant pas dérangé.

Le fait de créer l’habitude permet d’éviter de se poser la question, comme pour la douche ou le brossage de dents…

De manière plus informelle, la méditation, c’est vraiment quelque chose qu’on peut intégrer dans notre mode de vie, ça peut-être juste se rendre compte qu’on est en train de faire plusieurs choses en même temps, que l’on n’est pas vraiment là , et prendre le temps de s’arrêter une minute pour être présent à ce qu’on fait. Le plus souvent possible, ne faire qu’une seule chose à la fois. Et ça c’est vraiment une clé !

Dans nos sociétés, le multitâche semble être la règle et pourtant ce n’est pas forcément efficace, ni adapté à notre nature. On sait aujourd’hui que la concentration permet de générer des émotions positives, de développer le sentiment de bien faire les choses. Quand on répond à plusieurs sollicitations en même temps, on a plus de mal à ressentir ces états de bien-être …

 -Au niveau des outils, est-ce que tu te sers d’enregistrements ou d’applications sur mobile pour pratiquer la pleine conscience ?

-Dans le cadre du M.B.S.R., on utilise à la maison une bibliothèque d’enregistrements audio, même si l’idée à terme c’est de s’en dégager pour être autonome. Les méditations guidées sont des aides nécessaires parce qu’on n’a pas l’habitude de s’arrêter et qu’au début on se retrouve un peu démuni. On ne sait pas forcément comment faire, on ne sait pas si on fait bien, alors le fait d’être guidé rassure.

Les enregistrements, les applications mobiles sont des ressources, on peut aller rechercher un audio pour pratiquer par exemple le balayage corporel, exercice dans lequel on prête attention à chaque partie du corps selon un parcours précis qui peut aller des orteils jusqu’au somment du crâne. Ca aide à lâcher le mental, pour retrouver le lien au corps.

On repère les tensions, et sans forcer, le corps commence à se détendre. C’est une pratique vraiment simple. Au début on s’endort, on se rend compte qu’on est très fatigué, qu’on est parti ailleurs avec nos pensées et qu’on se sait plus du tout où on en est.. On a du mal à aller au bout de l’enregistrement. Et puis, petit à petit, on ressent les bienfaits de cette pratique et on reste éveillé.

On trouve également des enregistrements qui vont nous aider à développer la bienveillance envers nous-mêmes et envers les autres. C’est important d’être guidé, ce n’est pas forcément dans notre éducation d’être bienveillant avec nous-mêmes. Souvent, on a entendu dire durant notre enfance « faut pas s’écouter, si on s’écoute on fait plus rien…faut se faire violence ». Ce sont des croyances qui nous empêchent de nous connecter à ce qui est vraiment profond en nous.

Pourtant, cette connexion, elle est très utile pour apprendre à se connaitre, et être acteur de sa vie.

-Est-ce que tu connais des applications mobiles pour faire de la méditation ?

Oui, il y en a de plus en plus…

Les avancées technologiques rendent beaucoup de choses possible et c’est une bonne chose, même si mon expérience m’indique que le lien avec des « vraies » personnes, un groupe reste fondamental…

J’ai été contactée par l’équipe de Petit Bambou qui a créé des applications mobiles de qualité. Ces outils sont utiles une fois que la pratique est ancrée et qu’on a envie entre guillemets de varier, d’être guidé par une autre voix, d’entendre d’autres mots. C’est important d’entendre les choses plusieurs fois, on peut passer à côté d’une phrase pendant plusieurs semaines et puis un jour…elle prend sens pour nous et devient vraiment aidante…

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-Parle-nous des rencontres qui t’ont marquées, qui ont été décisives pour toi et qui ont été un déclencheur vis-à-vis de tes projets d’ateliers ?

– Ce qui me vient en premier, c’est la rencontre avec mes enfants, ils me permettent au quotidien de me remettre en question et de m’améliorer. Je me projette en eux, ils prennent exemple sur moi, il y a des jeux de miroirs…

Etre parent m’a rendue plus réceptive à ce qui se passe dans notre société…. Quand j’écoute les infos, j’entends que notre société privilégie l’économie à l’humain, qu’on n’a pas le choix à cause de « la situation économique ». Pourtant, ce modèle économique a été créé par les hommes pour les hommes, pas contre eux !

On souhaite tous les meilleures conditions de vie pour nos enfants, et on doit s’autoriser à changer le modèle s’il n’est plus adapté.

La famille, c’est une micro société, alors y incarner mes valeurs au quotidien ça a déjà été un premier pas …, et puis ensuite j’ai eu envie d’avoir un travail qui ait plus de sens pour moi.

Quand j’ai lu le livre d’Eline Snel, « Calme et attentif comme une grenouille » je me suis dit qu’il y avait vraiment quelque chose à faire dans cette direction. J’ai décidé de me former avec elle et ça m’a permis de lancer les ateliers. Mes collègues de formation m’ont également transmis beaucoup d’énergie, et motivé pour aller jusqu’au bout de mon désir de partager cette pratique avec les enfants.

-Comment se passent tes ateliers et quels sont tes objectifs pour la suite?

Le programme « l’attention, ça marche » comprend  8 séances d’environ 1 heure, en petits groupes (au maximum huit participants) et en individuel. Chaque séance comprend un jeu, un mouvement inspiré du yoga ou du qi gong, une histoire, et une méditation. Les enfants peuvent commencer dès l’âge de 5 ans.

A l’issue de chaque séance, les parents reçoivent un mail qui résume ce qu’on a fait et des exercices pour s’entraîner à la maison, s’ils le souhaitent.

Il y a beaucoup d’échanges, le climat est naturellement respectueux, les séances sur les émotions sont très riches parce que l’enfant se rend compte qu’il n’est pas seul à ressentir ce qu’il ressent (peur, colère, tristesse…) et qu’il a le droit de le ressentir, c’est très apaisant pour lui, on sent un véritablement soulagement.

On apprend à ne pas de lutter contre l’émotion mais à vivre avec, la traverser, en adoptant des comportements appropriés, sans la nier ni se laisser submerger.

J’ai expérimenté cette année avec un groupe classe pendant le temps scolaire et j’aimerai développer cette activité.

L’enseignante fait chaque jour, en plus de la séance hebdomadaire que j’anime des exercices avec les enfants pendant dix minutes. On sème des graines, c’est une chance, pour les enfants que les adultes autour d’eux s’intéressent à leur bien-être et pas seulement à leurs performances.

Pratiquer la pleine conscience en milieu scolaire a vraiment des effets très positifs sur l’ambiance de la classe et sur la qualité d’attention des élèves. Quand on s’intéresse à leur bien-être, les enfants ont naturellement envie de coopérer, comme nous d’ailleurs…

-Est-ce que ça a été un cas isolé ou est-ce que tu penses que l’éducation nationale est assez ouverte par rapport à la pleine conscience appliquée aux méthodes de travail avec les enfants?

En France, il y a des résistances institutionnelles. J’avais monté un projet avec la directrice de l’école de mes enfants, on avait réuni plus de trente enfants de parents volontaires et motivés et finalement on n’a pas eu les autorisations. Je suis contente parce qu’une académie a approuvé le programme à Lorgues, dans le Var, les choses commencent à bouger…

En Belgique, au Luxembourg, aux Pays-Bas, les programmes sont déjà utilisés en classe. Les résultats sont tels que le gouvernement hollandais finance la formation aux enseignants qui le souhaitent.

A la rentrée 2015, l’association Enfance et Attention lance dans toute la France, une grande étude avec l’INSERM pour avoir des données chiffrées sur le programme d’Eline Snel « L’attention ça marche » à présenter aux Inspections académiques.

On espère que les enseignants qui vont participer à l’étude INSERM après avoir vu les bénéfices pour leurs élèves et pour eux-mêmes, vont nous aider à porter ce projet.

On est dans le champ de l’expérience et pas de la croyance, les questionnements sur la compatibilité entre pleine conscience et laïcité, s’ils sont légitimes ne sont pas fondés.

-Est-ce que tu penses que la pleine conscience peut changer le monde, ou nos sociétés en tout cas?

-Oui ! Parce que ce sont nos croyances et notre conscience qui créent le monde dans lequel nous vivons.

On est (et je m’inclus dedans) dans un consensus qui « accepte », d’une certaine manière, que des adultes et des enfants meurent de faim alors que la Terre fournit les ressources nécessaires pour subvenir aux besoins de tous.

En élargissant notre conscience, on perçoit l’absurdité de notre manière de fonctionner : des gens sont obligés de faire des régimes alors que d’autres n’ont pas accès à la nourriture, ceux qui travaillent sont débordés et dans le même temps, il y a de plus en plus de chômeurs…

En prenant le temps de se poser, on se donne l’occasion de se poser les bonnes questions plutôt que de pallier au plus pressé et on peut agir plus consciemment. Aujourd’hui, on se rend bien compte que les politiques et  les institutions ne peuvent à elles seules changer les choses, c’est à chacun, à son échelle d’incarner ses valeurs au quotidien et d’essaimer.

Et c’est vrai que ça demande des efforts, car l’individualisme, la compétition, l’idéal de performance ont été déposés en nous, par notre éducation, et sont entretenus par les médias…

En faisant un travail sur soi on peut faire des choix plus consciemment, et apprendre à dire non à des choses qui ne sont pas acceptables. Il y a un très bon film diffusé en ce moment qui s’appelle « En quête de sens » qui donne plein d’espoir et de solutions pour améliorer nos vies,  j’invite tous les lecteurs à aller voir. C’est en élargissant notre conscience et en osant créer des nouvelles formes de sociabilité, des nouvelles formes d’entreprise, des nouvelles formes d’habitat, qu’on pourra créer une société plus harmonieuse.

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Merci et bravo si vous avez lu jusqu’au bout!^^

POUR PLUS D’INFOS:

Maryline Jury anime des ateliers de pleine conscience destinés aux enfants et adolescents. Vous aurez l’occasion de la rencontrer lors d’un temps d’échange sur la pleine conscience qui aura lieu le vendredi 27 février à Lyon. [plus d’infos sur la page facebook de l’événement]

Intéressés par ses ateliers pour vos enfants?

Son blog http://ressources-partage.blogspot.fr/ est une vraie mine d’infos rafraîchissantes et vous y trouverez également les dates de ses ateliers.

Vous pouvez rejoindre la page facebook de Ressources partagées.

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